Le professeur Jean-Baptiste
Kiéthéga, Directeur du Département
archéologie à l'Université de Ouagadougou,
nous rappelle que l'histoire des métaux en Afrique subsaharienne
est très ancienne, souvent sous tendue par des récits
légendaires et des schémas diffusionnistes qui faisaient
venir les origines techniques de la production de fer en Afrique,
du Moyen Orient, à travers l'Egypte, Méroé
ou le Sahara.
Cependant, pour le Pr. Kiétéga,
même si la recherche archéologique africaine est
récente, les données recueillies montrent que des
découvertes autonomes de techniques de production du fer
sont à mettre au crédit de plusieurs peuples africains.
Au Burkina Faso par exemple, des fouilles menées en 1985
à Bena, en pays Bwa, ont permis de dater une mine de fer
exploitée entre -365 et -220 avant JC, ce qui milite pour
une auto découverte du fer dans ce pays.
Suivons à présent le forgeron burkinabè dans
trois étapes importantes de son activité métallurgique:
La prospection, l'extraction et la réduction du minerai
de fer.
La Prospection
La plupart des sols burkinabè
sont cuirassés de latérite ferrugineuse, handicap
majeur pour l'agriculture et pas toujours exploitable pour la
métallurgie, car les anciens recherchaient du minerai en
haute teneur (entre 40 et 70%). En pays Moaga, la tradition rapporte
qu'une fumée s'élève après chaque
pluie, là ou se trouve du minerai en haute teneur. On dit
aussi qu'en marchant pied nus au soleil, le prospecteur ressent
des brûlures là ou il y a du fer..
Dans l'Ouest, en pays Bwaba, Bobo et Sénoufo, on utilise
une tige métallique de près de 6 m de long et de
15 mm de section pour, en saison des pluies, sonder les sols soupçonnés
ferrugineux, jusqu'à rencontrer de la résistance..
En fait, la prospection la plus simple consistait à soupeser
des concrétions latéritiques jonchant le sol et
posséder un certain talent pour en interpréter le
poids et la couleur.
Les procédés occultes n'étaient pas en reste...
L'Extraction du minerai
Le ramassage de cailloux
ferugineux à la surface du sol ou par excavations peu profondes
est partout pratiqué. Le minerai est aussi extrait par
puits de sections et de formes variables. En pays Moaga, sur le
plateau central, ils peuvent avoir de 80 à 100 cm de section.
Peu distants les uns des autres, ils peuvent être reliés
par des galeries.
Dans l'Ouest, on observe deux types de puits: les puits à
section circulaires, les plus anciens selon les sources orales,
et les puits de forme rectangulaire qui dateraient de la fin de
la production de fer dans la région, sans que nous sachions
encore les causes précises de cette évolution. Des
aménagements: escaliers, encoches, crans... facilitaient
la circulation entre l'extérieur, le fond des puits et
les galeries.
L'exploitation des mines était collective, réunissant
des mineurs de plusieurs villages. Des rites à base de
sacrifices d'animaux précédaient toujours l'ouverture
d'une mine...
Même empirique, la science des forgerons leurs permettait
de distinguer le minerai apte à donner un acier de qualité
pour les outils résistants (haches et armes) et des minerai
de qualité inférieure qui donnaient le fer des houes,
dabas, couteaux...
La Réduction
Dans la littérature, on trouve plusieurs expressions pour
désigner la structure qui sert de laboratoire produisant
le fer: foyer, four, haut-fourneau, bas-fourneau, etc. Selon Georges
Célis (1991) le terme qui conviendrai le mieux aux structures
africaines est fourneau, défini comme une forme de four,
de forme et de matière variables, dans lequel on soumet
à un feu violent certaines substances à fondre ou
à calciner.
d'après
Pr. J-Baptiste Kiéthéga |
| Légende
A
- B - D = Fourneaux à soufflets
C - E = Fourneaux à induction directe
|
Au Burkina Faso,
si l'on prend seulement pour base le mode de fonctionnement, on
distingue les fourneaux à tuyères et ceux à
soufflets. Il diffèrent par la taille, l'architecture,
mais surtout par le système d'alimentation en air. Ils
se chargent de la même manière par couches alternatives
de minerai et de charbon.
• Les fourneaux à tuyères
(induction directe) sont largement répandus au Centre,
au Nord et à l'Ouest du pays. De formes et d'architectures
très variées, ils peuvent atteindre 6 mètres
de haut avec 1,5 mètre de diamètre à la base.
Ils semblent représenter le meilleur degré technique
en matière de réduction et ils ont fait la réputation
du fer Bwa et Moaga et celui des ethnies de l'Ouest.
• Les fourneaux à soufflets en poteries
ou en bois avec membranes en peau animale se rencontrent un peu
partout sauf dans l'Ouest. Plus modestes de 60 à 150 cm
de hauteur, ils sont partout construits à peu près
de la même façon. Ils comportent une partie enterrée
de 30 à 40 cm, avec une superstructure de même hauteur.
Ces fourneaux, très faiblement et uniquement représentés
dans le Nord, semblent être la forme la plus archaïque
sous laquelle est apparue la métallurgie au Burkina Faso.
La qualité du minerai, mais aussi du combustible déterminaient
la qualité du métal obtenu: "fer dur"
ou "fer mou". A chaque opération, le forgeron
savait à l'avance la qualité du produit de la réduction,
mais aussi sa quantité: de quelques Kg. pour le fourneau
semi-enterré au quintal pour un fourneau moyen à
tuyères.