Du   minerai   de  fer  à   la  “daba”
La   production   ancestrale   du  fer   au   Burkina  Faso

 
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juin 2005
 Une introduction à la métallurgie traditionnelle du fer au Burkina Faso
source documentaire: Pr. Jean-Baptiste Kiéthéga
("Le Cycle du fer au Burkina Faso" in Découverte du Burkina Faso T. II. - Paris: Sépia, 1993)

Le professeur Jean-Baptiste Kiéthéga, Directeur du Département archéologie à l'Université de Ouagadougou, nous rappelle que l'histoire des métaux en Afrique subsaharienne est très ancienne, souvent sous tendue par des récits légendaires et des schémas diffusionnistes qui faisaient venir les origines techniques de la production de fer en Afrique, du Moyen Orient, à travers l'Egypte, Méroé ou le Sahara.
Cependant, pour le Pr. Kiétéga, même si la recherche archéologique africaine est récente, les données recueillies montrent que des découvertes autonomes de techniques de production du fer sont à mettre au crédit de plusieurs peuples africains. Au Burkina Faso par exemple, des fouilles menées en 1985 à Bena, en pays Bwa, ont permis de dater une mine de fer exploitée entre -365 et -220 avant JC, ce qui milite pour une auto découverte du fer dans ce pays.

Suivons à présent le forgeron burkinabè dans trois étapes importantes de son activité métallurgique: La prospection, l'extraction et la réduction du minerai de fer.

La Prospection

La plupart des sols burkinabè sont cuirassés de latérite ferrugineuse, handicap majeur pour l'agriculture et pas toujours exploitable pour la métallurgie, car les anciens recherchaient du minerai en haute teneur (entre 40 et 70%). En pays Moaga, la tradition rapporte qu'une fumée s'élève après chaque pluie, là ou se trouve du minerai en haute teneur. On dit aussi qu'en marchant pied nus au soleil, le prospecteur ressent des brûlures là ou il y a du fer..
Dans l'Ouest, en pays Bwaba, Bobo et Sénoufo, on utilise une tige métallique de près de 6 m de long et de 15 mm de section pour, en saison des pluies, sonder les sols soupçonnés ferrugineux, jusqu'à rencontrer de la résistance..
En fait, la prospection la plus simple consistait à soupeser des concrétions latéritiques jonchant le sol et posséder un certain talent pour en interpréter le poids et la couleur.
Les procédés occultes n'étaient pas en reste...

L'Extraction du minerai


Le ramassage de cailloux ferugineux à la surface du sol ou par excavations peu profondes est partout pratiqué. Le minerai est aussi extrait par puits de sections et de formes variables. En pays Moaga, sur le plateau central, ils peuvent avoir de 80 à 100 cm de section. Peu distants les uns des autres, ils peuvent être reliés par des galeries.
Dans l'Ouest, on observe deux types de puits: les puits à section circulaires, les plus anciens selon les sources orales, et les puits de forme rectangulaire qui dateraient de la fin de la production de fer dans la région, sans que nous sachions encore les causes précises de cette évolution. Des aménagements: escaliers, encoches, crans... facilitaient la circulation entre l'extérieur, le fond des puits et les galeries.
L'exploitation des mines était collective, réunissant des mineurs de plusieurs villages. Des rites à base de sacrifices d'animaux précédaient toujours l'ouverture d'une mine...
Même empirique, la science des forgerons leurs permettait de distinguer le minerai apte à donner un acier de qualité pour les outils résistants (haches et armes) et des minerai de qualité inférieure qui donnaient le fer des houes, dabas, couteaux...

La Réduction

Dans la littérature, on trouve plusieurs expressions pour désigner la structure qui sert de laboratoire produisant le fer: foyer, four, haut-fourneau, bas-fourneau, etc. Selon Georges Célis (1991) le terme qui conviendrai le mieux aux structures africaines est fourneau, défini comme une forme de four, de forme et de matière variables, dans lequel on soumet à un feu violent certaines substances à fondre ou à calciner.


d'après Pr. J-Baptiste Kiéthéga

Légende
A - B - D = Fourneaux à soufflets
C - E = Fourneaux à induction directe

Au Burkina Faso, si l'on prend seulement pour base le mode de fonctionnement, on distingue les fourneaux à tuyères et ceux à soufflets. Il diffèrent par la taille, l'architecture, mais surtout par le système d'alimentation en air. Ils se chargent de la même manière par couches alternatives de minerai et de charbon.

Les fourneaux à tuyères (induction directe) sont largement répandus au Centre, au Nord et à l'Ouest du pays. De formes et d'architectures très variées, ils peuvent atteindre 6 mètres de haut avec 1,5 mètre de diamètre à la base. Ils semblent représenter le meilleur degré technique en matière de réduction et ils ont fait la réputation du fer Bwa et Moaga et celui des ethnies de l'Ouest.

• Les fourneaux à soufflets en poteries ou en bois avec membranes en peau animale se rencontrent un peu partout sauf dans l'Ouest. Plus modestes de 60 à 150 cm de hauteur, ils sont partout construits à peu près de la même façon. Ils comportent une partie enterrée de 30 à 40 cm, avec une superstructure de même hauteur. Ces fourneaux, très faiblement et uniquement représentés dans le Nord, semblent être la forme la plus archaïque sous laquelle est apparue la métallurgie au Burkina Faso.

La qualité du minerai, mais aussi du combustible déterminaient la qualité du métal obtenu: "fer dur" ou "fer mou". A chaque opération, le forgeron savait à l'avance la qualité du produit de la réduction, mais aussi sa quantité: de quelques Kg. pour le fourneau semi-enterré au quintal pour un fourneau moyen à tuyères.